La marelle de l'oubli


« De la terre au ciel il y a huit cases : les règles sont strictes, et les épreuves immuables ;
il faut
savoir viser ; bien se garder de marcher sur les lignes ; garder son équilibre ; ne pas tomber ; savoir passer son tour quand la pierre chargée de vos illusions se trompe de case ; être capable de repartir de zéro en cas d’échec.

C’est la marelle, « hopscotch » ou « deadbox » en anglais.

Les jeunes Boliviens l’appellent la « Thunkuna ». Ils préfèrent y inscrire les jours de la semaine plutôt

que des chiffres.

C’est la marelle de la vie.

De la terre au ciel il y a huit cases, plus une : la prison de l’enfer, celle qui sert d’antichambre

éventuelle au paradis, comme si la chute originelle ne suffisait pas, comme s’il fallait rappeler en permanence le prix à payer pour oser imaginer croquer les fruits du jardin d’Eden…

Il n’y a pas de purgatoire au vert paradis des souvenirs d’enfance. Les choses sont blanches ou

noires comme les traits de craie de marelles sur les goudrons des trottoirs…

Il faut arriver au bout, joindre la terre au ciel, domestiquer la quadrature du temps, et tout cela en sautillant à cloche pied sous le regard imperturbable des étoiles… »


Extrait de Paroles de détenus, aux éditions Librio et Les Arênes, sous la direction de Jean-Pierre Guéno.

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